Feuilles d’herbes #4 Octobre & Novembre 2020

  • La littérature pour donner voix aux abimé·e·s
  • Entre poésie et théorie, réinventer le monde.

Les chants du placard,
luz volckmann, ed. blast

Déniché par les Éditions blast, Les chants du placard donnent voix à toutes celles et ceux qui se sentent enfermé·e·s dans des cases, qui « ont le dos trop vouté pour se tenir debout » ou qui s’enferment dans le placard de la honte d’être soi. L’alchimie entre le contenu intrinsèquement militant du texte, les réminiscences de l’enfance et l’éclat de l’écriture font de ce formidable texte alternatif un chant à toutes et tous les vulnérables. Un grondement impétueux et tendre contre la menace silencieuse du monde ; un véritable manifeste à se tenir droit qui dépasse à tous points de vus ce qu’on avait pu lire auparavant.

Les abysses,
River Solomon, Aux forges de vulcain

Au fond des abysses vivent d’étranges créatures, mi humaines mi poissons. Elles se nomment les Wajinrus et sont des descendantes très particulières des esclaves vendus lors du commerce triangulaire.
Les abysses est un immense roman féministe. En mettant en scène les descendant.es de ces femmes africaines, réduites en esclavage et jetées à la mer, Rivers Solomon rends hommage à l’histoire afro/américaine tout en laissant vif et intact la rage et le désir de vengeance. Fondamentalement politique, il questionne et dénonce les ravages que l’être humain est capable de produire, tout en restant une œuvre d’imaginaire, poétique et joyeuse.

L’arrachée belle,
Lou Darsan, Ed. La contre-allée

Il a fallu les augures, bibelots brisés, pétrels & corvidés, il a fallu la baignade et que les dégueulis de rire fassent monter la fièvre, pour que naisse l’arrachée belle.

L’arrachée belle est un premier roman, fulgurant et hallucinée, sur la solitude, et les obsessions d’une femme. Cartographie intime éclatante, il nous raconte l’échappée inoubliable de cette femme qui lutte contre elle-même dans une société qui ne lui convient pas, et qui petit-à-petit s’abîme et disparait.
Rythmée par la fureur de la vie et des éléments, « l’arrachée belle » est un premier roman tellurique, une quête d’identité au mépris de sa vie, pour enfin exister par soi-même.

Bandits & brigands
Émilien Bernard, Thomas Giraud, Sarah Haidar, Linda Lê, Patrick Pécherot, Serge Quadruppani, Sébastien Rutés, Jean-Luc Sahagian, Ed. l’échappée

L’historien Eric Hobsbawn, dans son livre « les bandits », définit la figure passionnante du bandit social. Avant d’être un criminel, il est avant tout un « damné de la terre » victime d’injustices régulières, ce qui l’oriente vers le banditisme. Il est soutenu par une communauté paysanne, dont il venge les malheurs et allège le quotidien. Hobsbawn constate que l’on retrouve cet archétypes dans toutes les cultures et époques : Les cangaceiros du Brésil, les Haïdouks des Balkans, Ned Kelly le hors-la-loi du bush australien ou encore Phoolan Devi pour l’Inde.

Dans le recueil Bandits & brigands, Jacques Baujard a invité huit écrivain.es à s’emparer d’une figure de bandits pour en faire une nouvelle, et ainsi redorer le blason de ces héros populaires.
Mêlant aventure, littérature et politique, ce recueil est un échappatoire sublime en ces jours de noirceurs !

TOUt LE MONDE PEUT être féministe,
Bell Hooks, ED. DIVERGENCES

« Je veux avoir en main un petit livre pour pouvoir dire : lisez ce livre, il vous dira ce qu’est le féminisme, de quoi est fait ce mouvement. Je veux avoir en main un livre concis, assez facile à lire et à comprendre […]», tel est le projet d’écriture de bell hooks en 2000, qui, faute de voir émerger un tel texte, l’écrit. Tout juste traduit en français, 20 ans après, ce texte ne perd pas de son acuité, et brosse dans les grandes lignes un panorama des luttes féministes contemporaines, de leurs écueils et controverses, et de leurs prolongements. bell hooks y distille sa définition du féminisme – « mouvement qui vise à mettre fin au sexisme » – à travers les questions des droits reproductifs, des violences sexuelles, ou de l’accès au travail des femmes. Une réflexion nourrissante, qui s’attache particulièrement aux problématiques de classe sociale et de race dans le mouvement féministe.

La machine s’arrête,
E.M. Forster, Ed. l’échappée

Avec La Machine s’arrête, E.M Forster imagine une civilisation confinée sous terre, communiquant par écrans interposés et dont tous les besoins sont satisfaits par la Machine. Dans cette société dominée par la technologie où l’artifice est roi, s’embrasser est devenu une coutume obsolète, mais il est toutefois possible de visiter la surface de la Terre avec un respirateur et un permis de Sortie. Écrite en 1909, cette nouvelle d’anticipation décrit de façon stupéfiante le monde d’aujourd’hui et les dérives de l’ultra-technologie.

Lettres aux humains qUI ROBOTISENT LE MONDE, mERCI DE CHANGER DE MéTIER
céLIA iZOARD, Ed. DE LA DERNIèRE LETTRE

Lettres aux humains qui robotisent le monde, Merci de changer de métier, est une sélection de lettres écrite par Célia Izoard, écrivaine et militante technocritique, à des ingénieurs travaillant notamment sur le développement du véhicule autonome. D’un ton léger quoique volontiers mordant, faussement naïf et très documenté, elle rappelle ou en sont les avancés de la « robotisation du monde » et les effets rebonds du développement de ces technologies : développement de l’extractivisme, augmentation du véhicule individuel au détriment des transports en commun, des pertes d’emploi importantes, une pollution largement accru…

CHAOSMOGONIE,
NaNNI BALESTRINI, Ed. La tempête

nous avions cru que ç’aurait été un début
nous avions dit il n’y a pas de prohibitions
tout était prohibé sclérosé corporatif
on doit pouvoir tout faire il n’existe pas de limites
ç’aurait été un début une révolution
mais c’était trop tard tout était déjà fini

Nanni Balestrini est surtout connu en France comme un romancier et révolutionnaire italien, chef de file du mouvement Potere Operaio, mais il fut aussi un poète novateur, associé au mouvement néoavanguardia. Chaosmogonie est un recueil mêlant les expérimentations formelles typiques de la néoavanguardia aux réflexions politiques du révolutionnaire, prouvant ainsi qu’il n’existe pas deux Balestrini mais bien un seul, à l’œuvre protéiforme. D’une écriture lancinante, l’auteur parle à travers les mots de John Cage, Francis Bacon et Jean-Luc Godard, qu’il découpe et remanie pour en faire sienne cette étrange poésie.

Un très beau recueil, entre surréalisme et fièvre révolutionnaire.

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